Riadh Mnasri
← Retour aux notes
2 min de lecture

Ce qu'une partie perdue m'apprend de plus qu'une partie gagnée

Je relis presque toujours mes parties perdues. Beaucoup plus rarement mes victoires. Ce n'est pas de la discipline forcée, c'est que les deux n'apprennent pas la même chose, et que l'une des deux ment plus facilement que l'autre.

Une victoire peut cacher une mauvaise décision

Gagner une partie où j'ai pris un risque non justifié, parce que l'adversaire n'a pas trouvé la réfutation, laisse une impression fausse : le résultat valide un raisonnement qui ne le méritait pas. Si je ne rejoue pas la partie avec un œil critique, ce mauvais réflexe reste intact, prêt à resurgir contre un adversaire qui, lui, trouvera la faille.

Une défaite oblige à chercher où ça a vraiment cassé

Perdre force une question qu'une victoire permet d'esquiver : à quel coup précis la position a-t-elle basculé ? Ce n'est presque jamais le dernier coup, celui qui semble avoir tout perdu d'un coup. C'est souvent bien plus tôt, une décision qui paraissait raisonnable sur le moment et dont les conséquences ne se sont révélées que dix coups plus tard. Retrouver ce moment précis est l'exercice qui compte, pas le résultat final.

Le parallèle avec une revue de code

Ce même réflexe s'applique à un incident de production ou à une revue de code qui tourne mal : le vrai travail n'est pas de constater que ça a cassé, c'est de retrouver la décision précise, souvent anodine sur le moment, qui a rendu la casse possible. Un post-mortem qui s'arrête à « le déploiement a échoué » n'apprend rien ; un post-mortem qui remonte jusqu'à la décision d'architecture prise trois mois plus tôt apprend quelque chose de réutilisable la prochaine fois.

Ce que je fais, concrètement

Après chaque partie de tournoi, je prends quelques minutes pour identifier le coup qui a fait basculer la partie, pas simplement le dernier avant la défaite. C'est inconfortable, parce que ça oblige à reconnaître une erreur de jugement plutôt qu'un coup de malchance. C'est aussi la seule méthode qui m'a permis de progresser année après année : pas en jouant plus de parties, mais en comprenant mieux pourquoi celles que je perds, je les perds.